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[Blancage] - Entrée n°03 - MON ours ou ce que je regarde est déjà regardé par l'Autre

Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
Fabrice LAUDRIN
22 nov. 2025
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 nov. 2025

Concarneau - ACAB et blancage  — (c) Fabrice Laudrin 2025
Concarneau - Blancage n°03 - Mon ours— (c) Fabrice Laudrin 2025

MON ours

Pont-Aven, 2025

Blancage de tag non décryptable (30 cm)


Description

Bloc de blancage rectangulaire (30 × 30 cm), appliqué à env. 50 cm du sol sur un mur d'habitation dans une ruelle. La surface repeinte présente trois zones plus claires, deux plus sombres, formant une configuration tripartite évoquant, de manière non intentionnelle, une figure animale . Lors du relevé photographique systématique, une enfant, passant avec ses parents, identifie spontanément cette configuration :

« Ô maman, on dirait mon ours ! »

Cette réaction constitue la première interprétation orale documentée directement sur site. Je n'avais pas repéré, pas interprété, cette figure avant que l'enfant ne la nomme.

 

Effacé : non décryptable

Le blancage municipal procède ici à une opération de recouvrement standardisée destinée à neutraliser une inscription antérieure non identifiée.

La couche appliquée demeure inégale : auréoles, variations de densité, bords irréguliers.

Ces qualités matérielles, involontaires, génèrent une proto-figuration.

Le geste visant à effacer la trace produit ainsi une trace seconde, distincte de l’original mais porteuse d’un potentiel figuratif autonome.


Resté : Rien - Blancage efficace

 

Analyse

Dans une perspective lacanienne, le blancage constitue un acte symbolique visant à restaurer une surface neutre. Toutefois, la perception subjective réintroduit un signifiant : l’enfant mobilise un schème imaginaire (“MON ours”) pour organiser le réel visuel. Le possessif marque une appropriation symbolique : la figure apparaît parce qu’un sujet la nomme.

Inversement, la surface repeinte peut être considérée comme génératrice : la matière, par ses discontinuités, produit elle-même une forme latente.Le blancage ne supprime pas : il configure. La lecture enfantine ne serait alors pas projection, mais réponse à un appel figuratif déjà inscrit dans la chaux.

Ces deux lectures — symbolique et spectrale — coexistent sans s’annuler.


Problématique

Sommes-nous devant une langue —ou devant un esprit transculturel ?

L’apparition figurale observée interroge la nature du dispositif :

  • relèverait-elle d’un effet linguistique, par activation d’un signifiant préexistant (“MON ours”) dans le champ imaginaire de l’enfant ?

  • ou manifeste-t-elle un archétype perceptif universel (tendance transculturelle à reconnaître visages et animaux dans les configurations minimales) ?

Cette pièce pose ainsi la question centrale du corpus Effacés / Restés : comment une opération d’effacement, strictement fonctionnelle, devient-elle un support de projection symbolique ou un générateur involontaire de formes ?

 

Statut dans la collection

Catalogue : "Blancage"

.Section : Figures nées de l’effacement

Numéro : 03

Titre interne : MON ours (30 cm)

Localisation : Pont-Aven, ruelle, mur d'habitation.


A posteriori :L’imaginaire contaminé

J'ai soumis la photo originale le soir même à ma fille de 16 ans. La réponse a été directe : « On dirait Mamie avec ses bigoudis ! ». Un autre schème que celui de la petite fille de la rue. Elle mobilise là un schème d'ascendance, de généalogie intime. Et moi maintenant, je ne peux voir que ma belle-mère.


Pour Lacan, nous ne voyons jamais seuls : le regard de l’Autre précède et organise le nôtre.

Ce que l’autre voit, ce qu’il dit qu’il voit, vient modifier notre perception même. Une petite fille voit un ours ; ma fille voit “Mamie avec ses bigoudis” ; et moi, désormais, je ne peux plus voir que cela.


Ce n’est pas la tache qui change, mais l’imaginaire qui est colonisé. Lacan le formule ainsi : « Le désir de l’homme est le désir de l’Autre » (Séminaire XI), et encore : « Ce que je regarde est déjà regardé par l’Autre ».

L’imaginaire contaminé, c’est exactement cela : quand l’image de l’Autre devient la nôtre, quand notre regard cesse d’être origine pour devenir héritage.


Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XI, Seuil, 1973, p. 235 → « Le désir de l’homme, c’est le désir de l’Autre. »

Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XI, Seuil, 1973, p. 84 → « Ce que je regarde est toujours déjà regardé. »

2 commentaires

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Invité
27 août

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Invité
21 août

Bài viết rất rõ ràng, dễ hiểu, cảm ơn bạn đã chia sẻ. Mình cũng hay theo dõi mảng giải trí trực tuyến, thường để ý cách họ bố trí giao diện và chia mục hơn là soi từng trò. Để tiện xem lại sau này, mình tự gom và lưu một vài chỗ trên một trang riêng để khỏi phải tìm lại nhiều lần. Ai quan tâm thì ghé https://www.activewin.com/awin/user_archived.html?Action=Read&UserIndex=135679

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