[Blancage] - Entrée n°02 - le CHE
- Fabrice LAUDRIN

- 22 nov.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 jours

[English]
Le CHE
Concarneau, 2025
résidus de bombe noire (20 cm)
Description
Sous le blancstock municipal étalé en une seule fine couche, un mur de Concarneau laisse remonter trois lettres : C H E. Non pas une effigie, non pas la stature d’un héros, mais un simple mot — ou plutôt son squelette. Une trace qui ne cherche même plus la signification, mais la persistance.
Les lettres sont là comme des os dans le sable :simples, dures, indéniables. Le blancstock administre le silence. Le mur, lui, administre la mémoire.
Effacé : CHE
Nom réduit à trois lettres, 20 cm chacune, verticales, obstinées. Effacé par recouvrement. Ce qui a été effacé n’est pas un portrait. Ce n’est pas Che Guevara ; c’est ce qui reste de lui quand on retire tout : l’idéologie, l’image, la légende.
Resté : Il demeure trois lettres mobilisables, trois lettres en état de disponibilité permanente. “CHE” ici appartient à la famille des signes pauvres : ceux qui survivent justement parce qu’ils ne disent rien d’autre que la possibilité de revoir le monde différemment. L’effacement municipal a cru supprimer un message. Il n’a fait que blanchir un symptôme. Et ce symptôme, sous la pluie, réapparaît.
Analyse
“CHE” n’a pas besoin d’un visage pour être entendu, pas plus que ACAB ou 1312 n’ont besoin d’un auteur. Ce sont des signes qui n’ont plus la dimension du langage : ils ont la dimension du déclencheur.
La fonction de “CHE” n’est pas de convaincre. Elle est de percuter.
Cette économie extrême — trois lettres seulement — est le secret de sa résilience. Une révolution peut être récupérée, trahie, marchandisée ; mais une révolution réduite à trois lettres est irrécupérable, parce qu’elle ne porte rien d’appropriable. Un visage se récupère. Trois lettres, jamais.
Ce “CHE” devenant fantôme sous blancage est la preuve même que l’effacement politique échoue par structure : effacer le symbole ne supprime pas la force ; cela la reconfigure.
Ici, le mur ne redit pas Che Guevara. Il redit :« Le monde pourrait encore basculer. »
Problématique
Sommes-nous devant une langue —ou devant un esprit transculturel ?
La vérité est probablement double :
Langue, parce que trois lettres s’écrivent, se répètent, se transmettent sans effort.
Esprit transculturel, parce que ces trois lettres voyagent mieux que les idéologies qu’elles résument.
“CHE”, tel qu’il réapparaît ici, n’est ni un mot ni une doctrine :c’est une force nue, rapide à mettre en oeuvre, un code archaïque de disponibilité au renversement, une ligne de fracture assez simple pour être universelle et assez vide pour être toujours réactivée.
En somme : une linguistique du refus, ou un souffle immédiat qui dépasse les langues.
Statut dans la collection
Catalogue : "Blancage"
.Section : Figures nées de l’effacement
Numéro : 02
Titre interne : Le CHE (20 cm)
Localisation : Concarneau, Ville Close, mur parcellaire.
L’œuvre est considérée comme un exemple typique de forme générée par erreur, et un jalon majeur pour comprendre comment l’effacement devient, dans les villes côtières, un second graffiti — celui de l’administration.


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