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Idéal du moi / moi idéal

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 3 min de lecture

Idéal du moi / moi idéal — Le moi idéal relève de l’image aimée de soi, de la forme où le sujet se rêve unifié, désirable, triomphant. L’idéal du moi désigne autre chose : le point symbolique depuis lequel le sujet se voit jugé, mesuré, élevé ou rabaissé. Lacan tient cette différence avec une précision décisive. D’un côté, le moi idéal prolonge la capture narcissique et la substance de l’image. De l’autre, l’idéal du moi relève de l’Autre, de l’autorité, du commandement, du lieu d’où tombe l’évaluation. La distinction ne sépare donc pas deux nuances psychologiques d’amour de soi. Elle coupe entre une image à habiter et un point d’où l’on se voit sommé de valoir. Pour l’art, cette dissociation ouvre immédiatement le portrait mondain, l’icône politique, l’autoportrait stratégique, la pose sociale et toutes les fabriques de prestige. Certains contextes durcissent encore cette structure. Le sujet n’y reçoit pas son idéal d’un seul centre de légitimation. Il traverse plusieurs scènes d’autorité, plusieurs langues de consécration, plusieurs mémoires du rang. Le moi idéal y multiplie ses surfaces de séduction. L’idéal du moi y disperse ses points de surplomb. L’œuvre ne sert plus seulement à embellir une image. Elle sert à faire coïncider, ou du moins à faire croire qu’elles coïncident, l’image admirable et le lieu qui l’autorise. L’art devient lisible à partir de ce point lorsqu’il montre moins un individu qu’un dispositif de valorisation où le sujet se contemple dans une forme aimable tout en se soumettant au regard qui la consacre.


Chez David, cette articulation prend une ampleur d’État. En 1807, Jacques-Louis David achève Le Couronnement de l’empereur Napoléon Ier et de l’impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804, immense huile sur toile de 6,21 × 9,79 mètres conservée au Louvre. La notice du musée rappelle que le tableau fut commandé par Napoléon trois mois avant les cérémonies, exécuté en deux ans avec l’aide de deux assistants, puis présenté pour la première fois au public au musée du Louvre en février 1808. Elle précise surtout que David a choisi de condenser en une seule action le couronnement de l’empereur et celui de Joséphine, bien que la cérémonie les ait séparés, et que les deux figures principales occupent le centre du tableau. Toute la force de l’œuvre tient dans cette opération. Le moi idéal s’y déploie dans une image impériale de magnificence, de maîtrise et d’évidence historique. L’idéal du moi s’y inscrit dans le cadre symbolique qui autorise cette image : la cathédrale, le rite, l’appareil de cour, la hiérarchie des présences, le dispositif d’État. David ne peint pas seulement Napoléon tel qu’il voudrait être aimé. Il le peint depuis le lieu même d’où cette image doit recevoir sa validité. La toile ne produit donc pas un simple éblouissement de puissance. Elle fabrique une soudure entre le prestige spéculaire et l’instance qui le consacre. L’observateur ne voit pas seulement un souverain mis en scène. Il est convié à adopter le point depuis lequel cette mise en scène vaut comme ordre.


Lacan, J. (1966). Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : “Psychanalyse et structure de la personnalité”. In Écrits. Éditions du Seuil.

Lacan, J. (1981). Le Séminaire, livre II : Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955). Éditions du Seuil.

Laveissière, S. (dir.). (2004). Le Sacre de Napoléon peint par David. 5 Continents / Louvre éditions.

Musée du Louvre. (n.d.). Le Couronnement de l’empereur Napoléon Ier et de l’impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804.

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