ErB... autoportrait d'un Breton trop humain.
- Fabrice LAUDRIN

- 23 févr.
- 2 min de lecture
What have we got, 2008, ErB, technique mixte, pochoir sur plan imprimé, collection particulière.

Faut être honnête... A de rares exceptions près, pour les Bretons, Paris, c'est pas Vesoul. Ils y ont pratiquement tous des grands-parents, des cousins, des frangins, des tantes, des oncles, des neveux. Voire, pour certains, c'est d'un coup d'amour post-bal des Bretons à Montparnasse qu'ils ont débarqué dans la vie. Si, si... c'est même mon cas.
ErB ne déroge pas à la règle, Paris et sa banlieue c'est quelque part familial... Mais l'avantage de vivre loin de Paname, c'est qu'on peut l'aimer mais en la re-gardant d'un œil bien lucide, sans que ses paillettes nous fassent perdre le nord.
Quelle est la meilleure technique ? Celle d'ErB.
Un joli plan de Paris, l'officiel glamour des Galeries Lafayette-Haussmann, celui pour touristes en goguette, pratiquement 95 monuments, Tour Eiffel, Sacré-Cœur, Panthéon... Et surtout la Tour Montparnasse. Le Louvre et les Halles, le Panthéon et tout ces autels offrant leurs bras de lumière aux touristes médusés. C'est vrai que cette ville a de la gueule, ça rend fier qu'elle soit de la famille. Une vraie vamp à la cuisse charnue.
Mais "vamp", ça vient de "vampire". Faut pas trop s'y attacher sous peine de s'y retrouver coagulé, à en oublier d'où l'on vient et où on est né, où on en est. Faut la regarder droit dans les yeux en lui posant la question : Ok, t'es belle, mais "What have we got ?", "Qu'est-ce qu'on a là ? ".
Et là le fond de teint de notre vamp de cabaret commence à suinter le suif et la sueur.
300 bouches de métro déversant chaque jour 4,16 millions de paires de chaussures emprunteraient le métro parisien. Soit plus que la population totale de la Croatie séchant sur ses pieds en attendant sagement que les trains de sardine à l'huile rance ne passe les enfourner.
A force de trop d'humains, ça déshumanise, ça oblige à penser l'Autre avec la normale, la loi des grands nombres. C'est ça le vertige, la peur du vide tant dans les yeux de l'Autre, que dans les nôtres.
ErB, autant pris de vertige que n'importe quel bonhomme profondément humain, a choisi de multiplier sa trace, son empreinte en écho sur Paris-ma belle. Multiplier ses pupilles derrière ses lunettes de myope. Multiplier son regard sur les gens et le choses. Un artiste, un vrai, qui sait exhumer la beauté du Réel, au-delà de nos yeux de merlan frit mariné au staccato du métro-boulot-dodo.
Dans la grande traversée capitale, Ulysse s'attachait a son mat, Erb à ses binocles.



