top of page

Une éruption sous la surface...

Photo du rédacteur: Marie Bourdon
Marie Bourdon
il y a 15 heures
3 min de lecture

La Gradiva toujours en marche: une oeuvre inédite de FAB



FAB, Gradiva, oeuvre interactive numérique, 2026. Avec l'aimable autorisation de l'artiste.
FAB, Gradiva, oeuvre interactive numérique, 2026. Avec l'aimable autorisation de l'artiste.

Une surface explose. Un mur se lézarde. Une forme est désensablée. Une silhouette se fragmente.

Les mots viennent presque en signifiants formels, à la Anzieu : ils tentent de s’associer à ce que l’on a vu, après l’avoir vu, pour en rendre compte.


Avec FAB, il s’agit moins d’une œuvre que d’un processus.


Un mouvement continu, dépendant de notre main et de notre regard, qui se produit devant nous, pour nous, et qui engage une intimité particulière. Peut-être comme la scène d’un rêve où des éléments se condensent, s’associent, se dissocient, troublent notre perception et notre compréhension.


On reconnaît la silhouette de la Gradiva, qui est le titre de l’œuvre, cette femme qui marche depuis le IVème siècle av. JC. jusqu’à nous, depuis le morceau de fresque exposé au musée du Vatican jusqu’à notre écran personnel.

Elle a déjà traversé le temps, ici elle joue de toutes les autres dimensions. Point, ligne, largeur, longueur, profondeur.

La main bouge la souris, la pulpe de l’index passe sur l’écran du téléphone : telle une peau hypersensible, l’image réagit immédiatement en cercles frissonnants où elle se dissout.

Sous la surface, un paysage apparaît, qu’on ne peut jamais embrasser d’un seul regard : un fragment se donne, et il est refusé, disparaît, immédiatement recouvert. On appréhende et reconstitue progressivement la scène. Persistance rétinienne.


Des ruines, restes d’édifices qui tiennent encore debout ou colonnes déjà au sol ; un volcan au loin dont le cratère orange crache son feu ; un paysage de désolation, d’apocalypse, où une jeune fille assise, seule, regard apparemment tourné vers l’éruption, semble attendre son propre ensevelissement. Une pétrification, un gel du vivant, que la Gradiva accomplit, depuis son origine, figée en son mouvement dans la pierre.

Aller à la rencontre de l’événement, accomplir ce qui est destiné à advenir : l’œuvre, pour exister, nous y invite en demandant notre intervention ; on a l’impression qu’elle nous le suggère aussi dans son motif : la jeune fille, sous la surface, ne se situe-t-elle pas sur la trajectoire de la Gradiva, à portée de son pas ?

N’est-ce pas vers elle que la femme marche ? Comme si cette surface de tant de projections, depuis Jensen jusqu’à Freud puis Robbe-Grillet, et dans l’actualité cinématographique encore, cherchait toujours à se compléter d’autres images, à retrouver un point d’origine, une corporéité.

Comme si elle nous indiquait que le temps est une boucle, marchant vers un destin qui est aussi un passé.

La Gradiva est un fantôme qui traverse éternellement une scène vivante, oubliée, toujours floue, souvenir mal assuré.

Face à celle de FAB, ici, on pense à la métaphore : ce mouvement, ce transport d’un lieu, d’un sens, d’une représentation, à un autre, qui, en provoquant la rencontre de deux images, les met dans une relation de proximité qui ouvre et élargit les dimensions de chacune. La figure de style trouve là sa représentation plastique.

Elle joint, en médaillon mobile, une image et une autre, un temps et un autre, un geste artistique et un autre. Bref, il y a de l’autre. Comme dans le rêve, décidément : du latent sous le manifeste, avec tous les nœuds qui leur permettent de tenir ensemble.

L’œuvre nous enseigne, comme dans un jeu, la frustration, l’impossible complétude : tout est là, mais tout n’est pas accessible en même temps.

On ne peut pas à la fois contempler la surface et voir ce qu’il y a derrière, il faut accepter de perdre l’une pour approcher l’autre.

C’est donc le mouvement qui compte, l’opération qui nous permet de passer d’une structure à l’autre, d’un endroit à un envers. Il y a des strates, des traces, un reste sous la surface, qu’il s’agit d’aller saisir, du vivant sous le mort, du flou sous le persistant qui n’est jamais si persistant que ça.

C’est aussi le regard, son statut. Est-ce que l’œuvre est ce que l’on regarde, ou ce qui nous oblige à soutenir son regard et à nous interroger sur ses mécanismes d’apparition, son mode d’existence, puis sur le contenu de notre acte même de voir, ce que l’on voit, ce que l’on met de soi dans le contemplé ?

Chacun y va de son désir dans l’art, comme avec la Gradiva.



→ Lien vers l'oeuvre de FAB:


Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note

Site propulsé par le Cercle Franco-Autrichien de Psychanalyse - 2003-2026

8 rue de Rozambidou F-29930 Pont-Aven

Tous les textes et graphismes n'engagent que leurs auteurs... et ne sont pas libres de droits.

bottom of page