La Galerie du Bout du Monde — Annexe Quimper

Trois œuvres numériques de FAB entrent au fonds permanent
Il existe désormais, place de la Tourbie à Quimper, une galerie dont les œuvres ne tiennent pas en place. Elles se révèlent sous le geste du visiteur, se dispersent lorsqu’il croit les saisir et recommencent à la moindre sollicitation. La Galerie du Bout du Monde — Annexe Quimper inaugure son fonds permanent d’art numérique interactif avec trois créations de FAB, réalisées en 2026 : EDEN, GRADIVA et MATER. Trois propositions singulières, réunies par une même interrogation : que reste-t-il d’une origine lorsque les images qui nous permettent de la retrouver sont elles-mêmes promises à la disparition ?
La galerie n’est pas un simple catalogue d’images numérisées. Chacune des créations possède sa durée, ses transformations, ses résistances. En ligne, la souris devient l’instrument de cette rencontre : elle fait apparaître, déplace ou efface. Dans leur conception pour l’espace d’exposition, les œuvres sont destinées à répondre au déplacement des visiteurs devant leur surface de projection. Le spectateur ne contemple plus seulement une image ; sa présence intervient dans ce qu’elle accepte de montrer.

EDEN — La géographie des commencements
De génération en génération, nos origines s’effacent, abandonnant à l’oubli la géographie de nos commencements. Nous retournons alors vers les mythes, à la recherche de points encore tangibles aujourd’hui : le mont Ararat, le Tigre et l’Euphrate. Autant de repères pour retrouver ce point zéro d’où pourrait se déployer le fil de notre histoire. Mais à peine surgies, les traces se dispersent, comme si le passé se dérobait au geste qui tente de le saisir. Car il nous faut savoir d’où nous venons pour ne pas devenir étrangers à notre propre présent.
Dans EDEN, la cartographie devient ainsi une tentative de tenir ensemble le récit et le territoire. Les noms des fleuves, les lacs, les coordonnées géographiques et les marqueurs de l'Ararat et du jardin originel s'inscrivent sur une surface mouvante, dont une empreinte de main commande la révélation. Le mythe n'est pas présenté comme un fait géographique établi. Il est interrogé à partir de lieux qui, eux, existent encore. Nous cherchons dans l'espace ce que le temps a progressivement soustrait à notre mémoire.
Le paradoxe est précis : il faut intervenir pour retrouver les traces, mais cette intervention engage aussi leur effacement. La carte, ordinairement destinée à fixer les positions, devient ici l'instrument d'une instabilité. Elle ne situe pas seulement un paradis perdu. Elle montre pourquoi nous avons besoin d'en chercher un.

GRADIVA — Ce que les images conservent de leur disparition
Trois femmes, trois époques, trois manières de traverser le temps. La première surgit d’un moulage découvert sur un marché aux puces breton, rendu à la lumière par un scan 3D. Sous ses pas apparaît Flora, figure antique de Stabies, dont la grâce a traversé les cendres du Vésuve. La troisième est une peinture originale réalisée par FAB en 2010, numérisée puis détruite pour ne survivre que dans cette œuvre. De l’objet retrouvé à l’image préservée, puis à celle dont l’original a disparu, chaque figure laisse place à une autre. Ici, ce n’est plus seulement le passé que l’on exhume : c’est le présent qui organise les traces de sa propre disparition.
Le titre renvoie à la Gradiva imaginée par Wilhelm Jensen, cette femme qui marche et dont le pas, repris par Freud dans son étude du délire et du rêve, devient le lieu d'une rencontre entre désir, souvenir et retour du passé. Mais l'œuvre de FAB ne cherche pas à illustrer la nouvelle. Elle en déplace le problème.
Dans une fouille archéologique, les couches profondes précèdent généralement celles qui les recouvrent. Ici, la succession déjoue cette logique. L'image la plus ancienne n'est pas la dernière à apparaître. La dernière, au contraire, provient d'une peinture de 2010 dont la destruction a été décidée après sa numérisation. Une œuvre récente se trouve ainsi privée de son support matériel, tandis qu'une fresque antique demeure visible après deux millénaires.
L'histoire n'obéit pas toujours à l'ordre des strates.
GRADIVA n'organise donc pas seulement le retour d'images disparues. Elle donne à voir une décision contemporaine : détruire l'original pour que son existence ne se poursuive plus que dans une nouvelle forme. La disparition cesse d'être un accident de l'histoire. Elle devient un acte de création.

MATER — Par où sommes-nous arrivés ?
Depuis toujours, l'humanité invente des récits pour expliquer sa naissance. Mais derrière les dieux, les mythes et les paradis perdus demeure une évidence que les siècles n'ont jamais effacée : nous sommes tous venus au monde par le corps d'une femme. Les images se succèdent, Adam et Ève disparaissent, et le récit retourne à sa plus ancienne énigme. Car avant de chercher où tout a commencé, peut-être faut-il se demander par où nous sommes arrivés.
MATER reprend la scène fondatrice d'Adam et Ève devant l'arbre. Mais une différence de geste vient troubler l'évidence du récit : Ève mange le fruit, Adam le désire. Entre l'incorporation et la convoitise, l'image introduit une dissymétrie que la familiarité de la scène pouvait dissimuler.
Puis les personnages s'effacent. Leur disparition laisse une phrase anglaise qui ramène l'interrogation des origines au ventre féminin. Le récit de la création se trouve confronté à la condition matérielle de toute naissance humaine. Il ne s'agit pas de réduire la femme à la maternité ni de remplacer une explication mythique par une vérité supposée définitive. L'œuvre confronte deux registres que les représentations ont longtemps tenus séparés : la puissance du récit et la réalité du corps.
Après six secondes, l'image initiale revient progressivement. Rien n'est définitivement résolu. Le commencement se représente à nouveau, avec la possibilité d'une autre disparition.
Trois œuvres, une même question
EDEN cherche un lieu. GRADIVA traverse les traces laissées par le temps. MATER ramène la question des origines au corps.
Ce parcours pourrait sembler aller du monde vers l'individu, de la géographie vers l'intimité. Il suit pourtant un mouvement plus troublant. Chaque œuvre réclame un point de départ et découvre que ce commencement ne se laisse jamais entièrement posséder. La carte se disperse, l'image change de support, le récit s'efface devant une réalité qu'il ne suffit pas à expliquer.
Le visiteur joue ici un rôle essentiel. Son geste ne complète pas l'œuvre comme on achèverait un tableau inachevé. Il introduit une perturbation nécessaire à sa transformation. Ce qui apparaît dépend de ce qui vient d'être déplacé ; ce qui revient n'est plus tout à fait ce qui avait disparu.
Une galerie conserve habituellement les œuvres en les soustrayant, autant que possible, aux atteintes du temps. Celle-ci propose une expérience inverse : la conservation passe par la possibilité même de l'effacement.
Un fonds permanent accessible à l'acquisition
La Galerie du Bout du Monde — Annexe Quimper présente ces trois créations dans son fonds permanent. Les œuvres numériques actuellement accessibles en ligne sont celles de FAB, chacune proposée à l'acquisition en exemplaire unique, accompagnée de son algorithme et de son code source.
Les conditions d'acquisition et les modalités de cession sont négociables directement auprès de Psy29. La présentation numérique permet ainsi de découvrir les œuvres dans leur fonctionnement propre, avant toute démarche d'acquisition.
Cette première réunion de trois créations donne à la galerie son orientation : faire de l'espace numérique non une reproduction appauvrie de l'art, mais un lieu où l'image possède ses propres conditions d'apparition, de transformation et de survie.
Il reste une distinction. Dans une galerie traditionnelle, le visiteur s'approche d'une œuvre pour mieux la voir. Ici, il s'en approche et quelque chose commence à disparaître.
LA GALERIE DU BOUT DU MONDE — ANNEXE QUIMPER
Fonds permanent d'œuvres numériques interactives
Place de la Tourbie — Quimper
Œuvres actuellement présentées : EDEN · GRADIVA · MATER — FAB, 2026
Visiter la galerie :https://www.psy29.com/galerie-du-bout-du-monde-quimper
Acquisition et renseignements : Cabinet Art & Psy psyhorslesmurs@gmail.com



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