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Trait unaire

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • il y a 3 jours
  • 2 min de lecture

Trait unaire — Le trait unaire constitue la marque la plus simple de l’identification. Lacan l’isole comme l’os du signifiant, le bâton comptable minimal, le trait prélevé dans l’Autre qui fait Un sans produire encore une identité pleine. Ce point compte beaucoup. Le trait unaire ne repose ni sur la ressemblance ni sur l’épaisseur psychologique d’une image. Il introduit une coupure élémentaire, une marque qui distingue et qui compte. Le sujet s’y arrime parce qu’un trait le marque, non parce qu’il se reconnaîtrait dans une essence enfin trouvée. Cette logique intéresse l’art au plus près de sa matière. Un signe isolé, une répétition de marque, un geste élémentaire, une scansion numérique, un rythme de traits peuvent faire tenir une série et instituer un Un. L’œuvre ne commence plus avec la richesse figurative. Elle commence avec une opération de marquage. Dans les champs où plusieurs mémoires, plusieurs langues et plusieurs scènes de nomination se croisent, cette opération gagne encore en netteté. Le trait n’y représente pas un sujet déjà donné. Il sert de point d’accrochage minimal, de repère symbolique capable de faire série au milieu du glissement.


Roman Opalka pousse cette structure jusqu’à une ascèse presque absolue avec OPALKA 1965 / 1 – ∞. Le Centre Pompidou rappelle qu’en 1965, après dix années de recherches, il conçoit le projet qui se confondra désormais avec celui de sa vie : peindre le temps en inscrivant en blanc, au pinceau n° 0, la suite des nombres à partir de 1 sur une toile préparée en noir, puis poursuivre cette suite de toile en toile, toujours au même format, chaque fond s’éclaircissant d’1 % de blanc jusqu’au blanc sur blanc. La même source précise qu’Opalka prolonge le dispositif par des autoportraits photographiques pris toujours dans les mêmes conditions et par l’enregistrement de sa voix énonçant les nombres en polonais. Tout se joue dans ce passage du chiffre au trait. Chaque nombre compte, mais chaque nombre vaut aussi comme marque répétée, comme incision blanche dans une surface vouée à recevoir le temps plutôt qu’à le représenter. Opalka ne cherche ni l’image du temps ni sa métaphore. Il fabrique une œuvre où la répétition du trait institue un Un après l’autre, puis transforme cette suite en totalité impossible, ouverte jusqu’à la mort. Le trait unaire apparaît ici avec une netteté rare : non comme motif décoratif, mais comme opération minimale d’identification et de comptage, assez pauvre pour recommencer sans fin, assez rigoureuse pour donner à une vie entière sa forme d’œuvre.


Lacan, J. (1961-1962). Le Séminaire, livre IX : L’identification [Inédit].

Lacan, J. (1966). Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien. In Écrits. Éditions du Seuil.

Centre Pompidou. (n.d.). Opalka 1965/1 à l’infini, détail 3307544-3324387.

Centre Pompidou. (n.d.). Opalka 1965/1 à l’infini, détail 3324388-3339185.

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