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Symptôme

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 2 min de lecture

Symptôme — Le symptôme condense une vérité du sujet dans une formation insistante. Lacan l’arrache très tôt à l’idée de simple dérèglement. Le symptôme parle, mais il parle en énigme. Il ne livre pas une vérité disponible ; il la chiffre, la déplace, la maintient sous une forme qui revient parce qu’elle répond à quelque chose que le sujet ne sait pas résoudre autrement. La formule gagne encore en dureté quand Lacan fait du symptôme un nœud réel où gît cette vérité. Le mot doit donc quitter le cliché du « peintre névrosé ». Dans le champ de l’art, il désigne un mode de répétition, un point de fixation, une écriture qui revient parce qu’elle tient lieu de réponse. Une forme insiste, un motif sature, une marque recommence, non par pauvreté d’invention, mais parce qu’un sujet y trouve son mode de tenue. Dès que plusieurs langues, plusieurs mémoires et plusieurs régimes d’adresse traversent le même espace symbolique, le symptôme ne se simplifie pas. Il se densifie. L’œuvre cesse alors d’être une expression libre de soi. Elle devient l’endroit où une nécessité formelle revient frapper, reprendre, border, serrer, jusqu’à faire style.


Chez Yayoi Kusama, les séries de pois donnent à cette logique une évidence presque implacable. Le motif n’arrive pas tard, comme signature décorative ajoutée à une œuvre déjà constituée. Le Yayoi Kusama Museum rappelle qu’elle commence très tôt à produire des images de réseaux et de pois ; le MoMA note que ces pois apparaissent dans ses premières compositions, dont Accumulation en 1952, puis deviennent indissociables de son nom ; Tate insiste sur leur retour d’un médium à l’autre, des peintures aux installations, jusqu’aux environnements immersifs. Ce retour ne relève pas d’une simple identité visuelle. Les pois chez Kusama ne servent pas à illustrer une idée. Ils opèrent comme une écriture insistante qui recommence parce qu’elle doit recommencer. Ils couvrent, prolifèrent, envahissent, trouent l’espace, emportent parfois la figure dans une logique de dissémination sans fin. L’observateur n’a donc pas devant lui un “style reconnaissable” au sens mondain du terme. Il rencontre une formation qui revient avec une telle nécessité qu’elle finit par faire tenir ensemble le corps, l’espace, la couleur, la surface et la scène entière du regard. Le symptôme devient visible à cet endroit précis : non comme déficit à corriger, mais comme invention répétée, assez forte pour devenir forme, assez insistante pour devenir monde.


Lacan, J. (1966). Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. In Écrits. Éditions du Seuil.

Lacan, J. (2001). Joyce le symptôme. In Autres écrits. Éditions du Seuil.

Museum of Modern Art. (n.d.). Yayoi Kusama. Accumulation. 1952.Tate. (n.d.).

Yayoi Kusama: Obsessed with Polka Dots.

Yayoi Kusama Museum. (n.d.). About Yayoi Kusama.

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