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Semblant

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 2 min de lecture

Semblant — Le semblant ne vaut pas mensonge vulgaire. Lacan lui donne un statut bien plus rude. Il nomme la texture même du discours, le régime sous lequel le lien social prend forme, parle, ordonne, séduit, commande, puis se soutient sans jamais coïncider avec une vérité nue. Le semblant ne cache donc pas simplement le vrai ; il lui donne sa scène. Il ne faut pas l’entendre comme une illusion légère, mais comme l’appareil symbolique grâce auquel une place tient, une autorité parle, un désir s’oriente, une valeur circule. Lacan pousse ce point jusqu’à une formule très dure dans … ou pire : aucun discours possible n’échappe au semblant. Pour l’art, le terme devient décisif dès que l’on quitte l’opposition pauvre entre authenticité et faux. Masque, aura, prestige, fiction d’origine, théâtre social des images, solennité muséale, sacralisation critique, légende biographique, tout cela relève du semblant. Une œuvre forte ne détruit pas nécessairement ces montages. Elle peut les exposer, les déplacer, les redoubler ou les faire vaciller de l’intérieur. Sous des scènes de légitimation multiples, où marché, musée, presse, mémoire collective et culte de la célébrité tirent chacun dans leur sens, le semblant devient plus visible encore. Il ne disparaît pas. Il prolifère. L’œuvre se met alors à tenir sur plusieurs couches de croyance superposées, sans qu’aucune puisse prétendre toucher seule le vrai.


Avec Gold Marilyn Monroe, Andy Warhol donne à cette logique une forme d’icône moderne presque parfaite. Le MoMA conserve la toile, datée de 1962, en sérigraphie à l’encre et acrylique sur toile. Le musée précise que Warhol la réalise peu après la mort de Marilyn Monroe, qu’il prélève son visage dans une photographie publicitaire du film Niagara de 1953, puis qu’il l’isole au centre d’un grand fond d’or, en rapprochant explicitement l’image d’une icône byzantine. Tout se joue dans cette opération. Warhol ne ment pas sur Marilyn. Il ne révèle pas non plus une vérité cachée derrière son visage public. Il fabrique un semblant d’une intensité extrême : une surface sacrale, une gloire de star, une sainteté profane, un éclat funéraire, une marchandise visuelle absolue. Le fond d’or ne sert pas de décor. Il transforme la célébrité en dispositif de croyance. Le visage flotte, frontal, presque détaché du monde, comme si la culture de masse avait enfin trouvé sa peinture votive. Gold Marilyn Monroe permet alors de lire le semblant dans toute sa puissance : non comme tromperie légère, mais comme montage où l’image devient plus efficace que la personne, plus stable que la vie, plus circulante que la mort elle-même. L’observateur ne se tient pas devant un portrait. Il se tient devant la fabrication d’une aura.


Lacan, J. (2001). Lituraterre. In Autres écrits. Éditions du Seuil.

Lacan, J. (2011). Le Séminaire, livre XIX : … ou pire (1971-1972). Éditions du Seuil.

Lacan, J. (2007). Le Séminaire, livre XVIII : D’un discours qui ne serait pas du semblant (1971). Éditions du Seuil.

Museum of Modern Art. (n.d.). Andy Warhol. Gold Marilyn Monroe. 1962.

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