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Nœud borroméen

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 3 min de lecture

Nœud borroméen — Le nœud borroméen donne à Lacan une écriture du nouage entre Réel, Symbolique et Imaginaire. Il ne livre pas une image commode de la complexité psychique. Il introduit une logique de tenue. Trois ronds se nouent de telle sorte que si l’un cède, les deux autres ne tiennent plus ensemble. La question décisive ne porte donc plus sur le sens caché d’un élément isolé, mais sur le mode d’articulation qui permet à l’ensemble de ne pas se défaire. Lacan pousse plus loin cette écriture dans Le sinthome avec l’introduction d’un quatrième terme. Le problème change de nature. Il ne s’agit plus seulement de décrire un nœud tripartite, mais de penser ce qui vient suppléer, resserrer, réparer ou singulariser la tenue d’un sujet. Pour l’art, le nœud borroméen sert à quitter la chasse au message. Il permet de demander par quoi une œuvre tient, par quoi elle lâche, quelle consistance se défait la première, quel élément sert de lien, quel style agit comme suppléance. Les configurations symboliques hétérogènes rendent cette question plus aiguë. Plusieurs scènes de nomination, plusieurs mémoires, plusieurs régimes de légitimation peuvent se croiser sans se fondre. L’œuvre n’offre plus une unité tranquille. Elle doit tenir malgré des tensions de structure, parfois grâce à un dispositif singulier qui empêche la dissolution. Le nœud borroméen devient alors un opérateur de lecture rigoureux. Il fait passer l’observateur de la question « qu’est-ce que cela veut dire ? » à une autre, plus dure : « qu’est-ce qui noue cela, et qu’est-ce qui arriverait si ce point venait à céder ? »


Chez Joseph Beuys, cette logique cesse d’être abstraite. Elle prend la forme d’environnements tardifs où des matériaux, des reliques d’actions, des tableaux noirs, des vitrines, des plaques, des objets techniques et des traces de parole composent non une image du monde, mais un appareillage de tenue. Das Kapital Raum 1970-1977, présenté par Beuys à la Biennale de Venise de 1980, rassemble vingt-sept objets en une installation totale ; le Hamburger Bahnhof souligne la présence de cinquante tableaux noirs, d’un piano à queue et de divers appareils électriques, tout en rappelant que l’ensemble agrège des éléments d’actions et d’expositions antérieures sur près d’une décennie. Le travail ne vaut donc pas par un symbole central qui résumerait tout. Il vaut par le nouage d’éléments hétérogènes qui se soutiennent les uns les autres et gardent la mémoire de gestes dispersés. Cinq ans plus tard, Palazzo Regale, dernière installation montée par Beuys en décembre 1985 au Museo di Capodimonte de Naples, pousse cette logique à une forme plus resserrée encore. La Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen décrit deux vitrines de laiton et de verre équipées d’objets, accompagnées de sept plaques de laiton vernies couvertes de poussière d’or. Le titre promet un palais. L’installation retire au contraire toute monumentalité évidente et fait tenir l’ensemble par la tension entre quelques éléments rares, presque liturgiques, dont rien ne livre la clef sous forme de récit. Beuys n’appelle pas ici une interprétation iconographique de plus. Il impose la question du nouage. Ses environnements tardifs montrent qu’une œuvre peut tenir comme un sujet tient : non par l’unité simple d’un sens, mais par l’ajustement fragile de consistances différentes, parfois grâce à un quatrième terme de style qui évite la dispersion.


Lacan, J. (1974-1975). R.S.I. École lacanienne de psychanalyse.

Lacan, J. (1975-1976). Le sinthome. École lacanienne de psychanalyse.

Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen. (n.d.). Palazzo Regale.

Museum Schloss Moyland. (n.d.). Joseph Beuys biography.

Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie. (2015, February 24). Joseph Beuys’s “Das Kapital Raum 1970-1977” presented as a new permanent loan from collector Erich Marx to the Nationalgalerie.

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