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Métaphore

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 2 min de lecture

Métaphore — La métaphore substitue un signifiant à un autre et condense un nouvel effet de sens. Lacan la détache de la vieille rhétorique des ressemblances décoratives. Dans L’instance de la lettre, il écrit que l’étincelle créatrice de la métaphore ne jaillit pas de la rencontre de deux images, mais de la substitution d’un signifiant à un autre, puis du passage qui en résulte vers la signification. La métaphore ne vient donc pas enrichir un sens déjà là. Elle le produit. Elle ouvre un champ nouveau à partir d’un remplacement, d’un glissement de place, d’une compression qui force autrement la lecture. Pour l’art, cette notion devient décisive dès qu’une forme vient occuper une place vacante, puis réorganise autour d’elle tout le système de perception et de pensée. Une image cesse alors d’illustrer. Elle prend le pouvoir de redistribuer ce que l’on croyait savoir d’un objet, d’une scène, d’un mot. Des mondes symboliques traversés par plusieurs langues, plusieurs scènes de légitimation et plusieurs mémoires du signe rendent cette opération plus coupante encore. La métaphore n’y fait pas joli. Elle travaille comme franchissement de seuil entre des régimes de lecture qui ne se superposent pas sans reste. Elle crée de la pensée en forçant une substitution que l’observateur ne peut pas ramener à une simple équivalence.


Avec La Trahison des images, peinte en 1929 par René Magritte et conservée aujourd’hui au Los Angeles County Museum of Art, cette logique prend une forme d’une sécheresse presque pédagogique. Une pipe occupe le centre du tableau. Sous elle, une phrase nette, tracée comme un slogan publicitaire : « Ceci n’est pas une pipe. » La notice du LACMA insiste sur ce point : l’œuvre met en crise l’habitude qui consiste à identifier l’image d’un objet à la chose elle-même, et elle construit ainsi un traité visuel sur l’impossibilité de réconcilier mot, image et objet. Toute la force du tableau tient dans cette substitution. Magritte ne détruit pas la pipe. Il la déplace. Il retire à l’image le droit de coïncider avec ce qu’elle figure. Le mot pipe cesse de venir confirmer la représentation ; il ouvre au contraire l’écart qui la fait tenir comme image. La métaphore agit ici non parce qu’une pipe voudrait dire autre chose, mais parce que l’ensemble du champ se réorganise à partir d’une place devenue instable. L’observateur croyait voir un objet. Il se trouve forcé de lire un rapport entre signe, figure et chose que sa perception ordinaire recouvrait d’un seul geste. Magritte ne peint donc pas une énigme. Il fabrique une opération de pensée dans laquelle une forme occupe la place attendue, puis la vide de son évidence pour produire un autre régime de sens.


Lacan, J. (1966). L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud. In Écrits. Éditions du Seuil.

Lacan, J. (1998). Le Séminaire, livre V : Les formations de l’inconscient (1957-1958). Éditions du Seuil.

Los Angeles County Museum of Art. (n.d.). The Treachery of Images (This is Not a Pipe) (La trahison des images [Ceci n’est pas une pipe]).

Magritte, R. (1929). La Trahison des images [Ceci n’est pas une pipe] [Huile sur toile]. Los Angeles County Museum of Art.

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