Izcovich, A. (2020). L'art et la psychanalyse de Freud à Lacan. Éditions Stilus.
- Fabrice LAUDRIN

- 25 févr. 2025
- 4 min de lecture

L’ouvrage L’art et la psychanalyse de Freud à Lacan d’Anita Izcovich (2020) s’inscrit dans une lignée d’analyses qui cherchent à comprendre comment l’art et la psychanalyse se répondent, s’interrogent et parfois se confondent. En convoquant une riche galerie d’artistes, d’Holbein à Fontana, Izcovich offre une traversée où chaque œuvre devient une mise en scène du désir, du manque et de la jouissance, concepts fondamentaux de la psychanalyse freudienne et lacanienne.
Ce livre se révèle particulièrement précieux pour la Psychanalyse du Seuil, car il explore les interstices entre visible et invisible, entre figuration et béance, entre l’œil et le regard. En cela, il éclaire non seulement notre perception de l’art mais aussi la manière dont la psychanalyse peut s’en nourrir pour penser autrement l’expérience humaine.
L’art comme révélation du désir et du manque
Depuis Freud, la psychanalyse a toujours entretenu un rapport ambigu à l’art. Si Freud voyait dans l’œuvre un produit de sublimation, un compromis entre pulsion et refoulement, Lacan, lui, affirme que l’art n’illustre pas la psychanalyse mais la fait vaciller.
Izcovich reprend ce fil en montrant comment les œuvres interrogent le regard du spectateur en jouant sur le manque et le désir :
Holbein et l’anamorphose dans Les Ambassadeurs → La célèbre tache floue en bas du tableau devient l’incarnation du réel, du hors-sens qui échappe à la maîtrise du regard. L’image devient un seuil, un point de rupture où le spectateur oscille entre perception et absence.
Magritte et le trahison des images → Le peintre belge illustre parfaitement la phrase de Lacan : « On ne voit que ce qui vous regarde ». Ses pipes qui ne sont pas des pipes et ses fenêtres ouvertes sur un espace contradictoire mettent en scène la faille du langage et la perte du référent stable.
Dans la Psychanalyse du Seuil, cette idée de l’image comme interstice, comme espace où le désir circule sans jamais se fixer, est essentielle. L’art devient un lieu de passage, où le visible s’efface et où l’Autre, dans son altérité radicale, s’impose.
Le cadre, le vide et l’espace comme organisateurs du regard
Un autre point clé de l’ouvrage d’Izcovich est son analyse du rôle de l’espace dans la construction du regard. Elle mobilise ici plusieurs artistes :
Lucio Fontana et ses toiles lacérées → En perforant la surface picturale, Fontana crée un seuil tangible, une ouverture vers un au-delà du visible. Il matérialise la béance, ce que Lacan nomme le réel, c’est-à-dire ce qui ne peut être symbolisé ni représenté.
Zurbarán et la lumière de l’ombre → En jouant sur des contrastes extrêmes entre clair et obscur, le peintre baroque met en évidence ce que Lacan appelle « l’objet a », cet objet insaisissable du désir qui attire et repousse à la fois.
Dans notre Psychanalyse du Seuil, ces exemples sont fondamentaux car ils montrent comment le cadre, l’absence et la coupure construisent une nouvelle perception de l’espace psychique. L’œuvre d’art devient un dispositif de mise en tension entre le sujet et l’Autre, entre ce qui est offert à la vue et ce qui s’en dérobe.
Pourquoi cet ouvrage est essentiel pour notre psychanalyse et notre rapport à l’art ?
La Psychanalyse du Seuil interroge les zones de passage, les espaces intermédiaires, et c’est exactement ce qu’Izcovich met en évidence dans son travail. Son ouvrage est fondamental pour plusieurs raisons :
Il offre une lecture psychanalytique rigoureuse de l’art, évitant l’écueil de la surinterprétation ou de l’illustration trop littérale.
Il fait du regard un enjeu fondamental, en montrant que l’image n’est pas une donnée immédiate mais un processus de désir et de perte, structurant notre rapport au monde.
Il éclaire la place du vide et du manque comme des éléments dynamiques et structurants dans l’expérience esthétique et analytique.
Il permet une articulation avec la temporalité du seuil, en analysant comment certaines œuvres suspendent le temps, ouvrant un espace d’attente et d’indétermination qui résonne avec la pratique psychanalytique.
Un livre pour penser l’interstice et la faille
En explorant les zones de tension entre art et psychanalyse, L’Art et la psychanalyse de Freud à Lacan d’Anita Izcovich s’avère être un outil fondamental pour la Psychanalyse du Seuil. Il permet de penser l’image autrement, comme une articulation mouvante entre ce qui se montre et ce qui échappe, entre le regard et l’invisible.
Loin d’être un simple ouvrage d’histoire de l’art appliqué à la psychanalyse, il ouvre des perspectives inédites sur la manière dont l’art révèle le fonctionnement même du désir, du manque et de l’inconscient. Un livre qui ne se contente pas de regarder l’art, mais qui laisse l’art nous regarder en retour.
Courte biographie d’Anita Izcovich
Anita Izcovich est une psychanalyste reconnue, membre de l'Internationale des Forums du Champ lacanien et de son école de psychanalyse. Elle a enseigné au Département de psychanalyse de l'Université Paris VIII et enseigne actuellement au Collège de clinique psychanalytique de Paris. Elle exerce la psychanalyse à Paris.
Parmi ses publications, on compte Les énigmes du désir de Freud à Lacan (Éditions Stilus, 2018), où elle explore les différentes facettes du désir à travers les enseignements de Freud et Lacan. Elle a également publié Des sciences à la psychanalyse : Buffon, l'homme et l'objet (L'Harmattan, 2007), où elle examine la place du sujet dans ses rapports à la science.
Notice bibliographique
Izcovich, A. (2020). L'art et la psychanalyse de Freud à Lacan. Éditions Stilus.




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