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Inconscient

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 3 min de lecture

Inconscient — L’inconscient lacanien ne ressemble pas à une cave pleine de contenus enfouis. Lacan le déplace hors de toute mythologie de la profondeur. Il le rapporte à la lettre, au signifiant, à l’insistance d’une chaîne, aux formations qui surgissent là où le sujet croyait parler en maître. Lapsus, mot d’esprit, rêve, répétition, retour, coupure, ratage : l’inconscient n’abrite pas des trésors silencieux, il travaille dans les effets d’écriture du langage. C’est pourquoi l’art lui donne un terrain si vif. Une œuvre ne vaut pas ici comme confession masquée d’une intériorité obscure. Elle devient lisible lorsqu’un détail insiste, lorsqu’une série recommence sans se répéter identiquement, lorsqu’une forme trébuche, lorsqu’un motif revient avec une obstination qui déborde le projet avoué. L’inconscient n’est pas derrière l’œuvre comme une cause profonde qu’il suffirait d’exhumer. Il se lit dans la surface même, à condition de prendre au sérieux ce qui revient, ce qui se déplace, ce qui se chiffre, ce qui se forme à l’insu du vouloir-dire. Lorsque plusieurs langues, plusieurs mémoires et plusieurs scènes d’adresse traversent un même sujet, ce travail devient plus dense encore. L’œuvre ne recueille plus seulement un récit intérieur. Elle devient le lieu où des traces hétérogènes se nouent, se heurtent, se recouvrent et parfois se trahissent sans qu’aucune conscience puisse en totaliser le sens. L’art commence alors à savoir plus que l’artiste, non par magie romantique, mais parce qu’une forme peut porter plus de vérité qu’une intention.


Chez Louise Bourgeois, les Cells donnent à cette logique une chambre, une grille, un lit, un miroir, une porte, puis les chargent d’une mémoire qui ne cesse de revenir autrement. La série commence à la fin des années 1980 ; l’Easton Foundation rappelle que Bourgeois en montre le premier ensemble en 1991 à la Carnegie International, tandis que le Guggenheim et les National Galleries of Scotland situent le début de cette recherche en 1989. Ces structures fermées ou semi-fermées, faites de portes, de fenêtres, de grillages, de verre et d’objets trouvés, deviennent l’un des axes majeurs de son travail tardif. Bourgeois dit elle-même que « chaque cellule traite d’une peur », et y joint la jouissance du voyeur, le frisson de regarder et d’être regardé. MoMA note de son côté qu’elle remplit les Cells des années 1990 et 2000 d’objets quotidiens gardés pendant des années — bobines, flacons, miroirs, lanternes, chaises, lits — dont le contexte transforme la charge. Rien ici ne ressemble à un simple théâtre autobiographique. Les objets ne viennent pas illustrer un souvenir déjà clair. Ils reviennent comme des fragments insistants, sauvés, déplacés, recombinés, assez proches pour être reconnaissables, assez retravaillés pour cesser d’être de simples reliques. Les Cells ne montrent donc pas l’inconscient comme un dessous secret. Elles le font travailler dans l’espace même : répétition d’enclos, retour d’objets, scansion des seuils, morcellement du corps, mémoire qui ne raconte pas mais qui serre. L’observateur n’y entre pas pour découvrir une vérité cachée au fond d’une biographie. Il se trouve placé devant un dispositif où quelque chose sait déjà, sans se dire tout à fait, et où le visible reste commandé par ce qui insiste en lui comme retour.


Lacan, J. (1966). L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud. In Écrits. Éditions du Seuil.

Lacan, J. (1966). Position de l’inconscient. In Écrits. Éditions du Seuil.

Lacan, J. (1973). Le Séminaire, livre XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964). Éditions du Seuil.

Bourgeois, L. (2017). Louise Bourgeois: An Unfolding Portrait. The Museum of Modern Art.The Easton Foundation. (n.d.). Louise Bourgeois.

Guggenheim Museum. (2016). Louise Bourgeois: Structures of Existence; The Cells.

National Galleries of Scotland. (2016). Louise Bourgeois Learning Resource.

The Museum of Modern Art. (n.d.). Objects – Louise Bourgeois: The Complete Prints & Books.

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