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Phallus

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 2 min de lecture

Phallus — Le phallus ne fonctionne pas chez Lacan comme organe biologique. Il opère comme signifiant du désir, puis, plus radicalement encore, comme signifiant du manque à être que la relation du sujet au signifiant imprime au cœur même de son existence parlante. Le terme coupe donc avec toute lecture anatomique immédiate. Il ne renvoie pas à une partie du corps, mais à une fonction de prestige, d’insigne, d’éclat, d’autorité et de valeur, autrement dit à ce qui, dans un champ symbolique, concentre la puissance d’aimantation du désir sans jamais se réduire à la chose visible qui semble l’incarner. Pour l’art, cette notion devient décisive dès que l’on quitte la simple iconographie sexuelle. Le phallus permet de lire ce qui brille, ce qui s’érige comme signe, ce qui attire le regard en prétendant tenir le centre, ce qui condense pouvoir, fascination et manque dans une même forme. Les mondes symboliques traversés par plusieurs scènes de légitimation rendent cette lecture plus aiguë. Une forme y peut valoir comme emblème dans un cadre, comme obscénité dans un autre, comme signe d’autorité ailleurs encore. Le phallus ne désigne donc pas un contenu stable. Il désigne le point où le désir se trouve capté par une fonction symbolique de valeur et d’exception.


Avec Princesse X, Constantin Brancusi pousse cette logique jusqu’au scandale. Le Centre Pompidou date la sculpture de 1915-1916, la décrit comme un bronze poli posé sur un socle cubique de calcaire, puis précise que l’exemplaire conservé fit scandale au Salon des Indépendants de 1920 après un refus analogue au Salon d’Antin. Sa propre notice d’analyse rappelle que l’œuvre fut immédiatement perçue comme phallique, puis relit cette réception à partir d’une ambiguïté fondamentale : mémoire d’un buste féminin, condensation androgynique, transformation d’une femme en sexe masculin pour ses détracteurs. Tout se joue dans cette bascule. Brancusi ne donne pas au phallus une image illustrative. Il produit une forme polie, verticale, close, presque souveraine, qui attire le regard par sa pureté même et déplace sans cesse sa lecture entre féminin, masculin, insigne, sexe, idole. Princesse X ne vaut donc pas comme provocation obscène ajoutée à la sculpture moderne. Elle met à nu la fonction du phallus au sens lacanien : une forme prend valeur d’emblème, concentre éclat et puissance de nomination, puis révèle que cette puissance ne tient pas à son référent anatomique, mais à la place symbolique qu’elle occupe dans le désir de l’observateur et dans le jugement du champ artistique.


Lacan, J. (1966). La signification du phallus. In Écrits. Éditions du Seuil.

Lacan, J. (1998). Le Séminaire, livre V : Les formations de l’inconscient (1957-1958). Éditions du Seuil.

Belon, D. (2016). Le nom, lien à l’identité et aux identifications. Revue des Collèges de Clinique psychanalytique du Champ Lacanien, 15(1), 127-136.

Centre Pompidou. (n.d.). Princesse X.Centre Pompidou. (n.d.). Constantin Brancusi.

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