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Omar Khayyâm — Quatrain n°4 — Désamorcer la colère

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • il y a 13 heures
  • 2 min de lecture

Le quatrième quatrain ne parle pas de morale, mais de responsabilité affective :


« Si assuré et ferme que tu sois, ne cause de peine à personne ; Que personne n’ait à subir le poids de ta colère. Si le désir est en toi de la paix éternelle, Souffre seul, sans que l’on puisse, ô victime, te traiter de bourreau. »

Khayyâm touche ici le cœur de la vie psychique : la frontière trouble entre ce que nous subissons et ce que nous faisons subir.

Il dit : tu peux être victime — mais n’en fais pas une arme. Tu peux souffrir — mais ne transforme pas ta blessure en pouvoir. La “paix éternelle”, dit-il, n’est pas une récompense céleste : c’est l’art de ne pas convertir sa douleur en domination.


En psychanalyse, cela s’appelle la désactivation du passage à l’acte : le moment où la colère cesse de chercher un objet pour frapper. C’est un travail de seuil : empêcher que le traumatisme devienne tyrannie.

Et c’est ici que Kathe Kollwitz apparaît comme l’œuvre miroir.


Dans Silhouette d'une femme se couvrant la bouche de la main droite (1905), Kollwitz montre une figure tendue, accablée, traversée par la douleur… mais qui, au lieu d’abattre cette douleur sur autrui, la retient en elle, la porte, la transforme.

Le geste n’est pas héroïque : il est profondément humain.


👉 L’œuvre (gravure, KORNFELD) : https://www.kornfeld.ch/f365/d4102103690.html


Kollwitz donne chair au vers de Khayyâm : “Souffre seul — mais ne deviens pas bourreau.” Non pas s’isoler, mais ne pas répliquer. Ne pas rejouer sur d’autres ce qui vous a brisé. Faire de sa peine une limite, non une arme.

Dans les séances, c’est souvent là que commence la paix : quand un sujet comprend qu’il peut être blessé sans se transformer en source de blessure.


Khayyâm, ce matin, nous rappelle une vérité rare : la véritable force n’est jamais dans la colère, mais dans la capacité à la désamorcer.

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