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JUNG : Archétype de l'Enfant Divin et le Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 6 févr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 févr.

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Certains visages troublent. Ni totalement enfantins, ni vraiment adultes, ils flottent dans un entre-deux, comme s’ils détenaient un secret que nous ne pouvons pas encore comprendre. L’Enfant Divin, chez Jung, appartient à cet espace ambigu. Il n’est pas simplement l’innocence radieuse ou la fragilité protégée, il est une promesse en tension, un potentiel en suspens, une énigme qui regarde l’avenir.


On aime croire que l’enfant est une page blanche, un être en construction qui n’a pas encore trouvé sa forme. Mais l’enfant jungien ne se limite pas à une question d’âge. Il est un centre de transformation, celui qui annonce, qui précède, qui sait déjà ce que le reste du monde mettra des années à comprendre.


La figure de Saint Jean-Baptiste (Léonard de Vinci, 1513-1516) incarne parfaitement cette présence troublante. Il ne s’agit pas d’un enfant au berceau, pas d’un nourrisson passif à protéger, mais d’un adolescent androgyne, surgissant de l’ombre, un sourire à peine esquissé, un doigt levé vers un ailleurs invisible.


Un enfant qui n’a rien à prouver

Dans l’histoire de l’art, l’enfant est souvent une figure à protéger, une promesse de ce qu’il va devenir. Mais l’Enfant Divin n’a pas besoin de justifier sa place. Il existe en lui-même, déjà complet dans son incomplétude.


Léonard, en peignant ce Saint Jean-Baptiste, ne donne aucun indice sur son rôle. Pas d’auréole, pas d’attributs évidents, juste un regard, un sourire, un geste. Ce n’est pas un enfant qui cherche l’approbation, c’est un enfant qui sait.


L’Enfant Divin, chez Jung, n’est pas un état transitoire, mais une structure profonde du psychisme. Il est l’élan vital qui traverse toutes les phases de l’existence, la possibilité perpétuelle de renouveau.


Jean-Baptiste ne doute pas. Il montre du doigt un ailleurs, une direction que nous ne comprenons pas encore, mais qui est déjà en lui une évidence.


Une énergie qui précède le monde adulte

L’enfant jungien n’est pas prisonnier de l’enfance biologique. Il est l’élan du commencement, l’intuition avant la raison, l’énergie brute avant l’organisation.


Dans Saint Jean-Baptiste, Léonard ne représente pas un prophète vieillissant, mais un être en devenir, un intermédiaire entre l’avant et l’après. L’obscurité qui l’entoure ne l’engloutit pas, elle s’ouvre autour de lui comme si son propre rayonnement suffisait à éclairer l’espace.


L’Enfant Divin précède l’ordre du monde, il existe avant les structures, il n’a pas encore été domestiqué par les cadres sociaux, par la loi, par les règles.


C’est ce qui le rend fascinant, mais aussi dérangeant. Il ne rentre dans aucune case. Il est déjà ailleurs.


Un archétype à double tranchant

L’Enfant Divin porte une puissance qui peut devenir force ou prison.


Bien intégré, il est le renouveau perpétuel, la capacité de réinventer, d’ouvrir des portes que l’on croyait fermées. Il donne le souffle créatif, la possibilité de ne pas rester figé dans ce que l’on est déjà.


Mais mal compris, il s’enferme dans un éternel possible, une jeunesse qui ne veut jamais grandir. Il devient l’adulte qui ne veut jamais se fixer, l’artiste qui ne finit jamais son œuvre, l’esprit qui rêve mais n’incarne rien.


Saint Jean-Baptiste, dans cette peinture, n’est pas un enfant perdu dans l’éternelle attente. Il est déjà dans l’action, dans le mouvement, dans l’annonce.


L’Enfant Divin ne doit pas rester un rêve, il est là pour être suivi.


Un sourire qui sait plus qu’il ne dit

On aime penser que les enfants sont dans l’attente du monde adulte. Que leur regard est tourné vers l’avenir, qu’ils deviendront quelque chose. Mais que se passe-t-il lorsqu’un enfant nous regarde comme s’il savait déjà ?


Léonard ne peint pas un enfant sage, il peint un être qui semble sourire à l’avance de ce que nous n’avons pas encore compris.


Jung l’a dit : l’enfant n’est pas un vide à remplir, il est une force à révéler.


Mais sommes-nous capables de voir ou de réinterpréter ce qu’il pointe du doigt ?



Bibliographie

Jung, C.G. Les archétypes et l’inconscient collectif, 1954.

Jung, C.G. Psychologie et alchimie, 1944.

Von Franz, Marie-Louise. L’Enfant dans les contes de fées, 1981.

Neumann, Erich. The Child: Structure and Dynamics of the Nascent Personality, 1973.

Léonard de Vinci. Saint Jean-Baptiste, 1513-1516, Musée du Louvre.

Didi-Huberman, Georges. Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, 1992.



Notions psychanalytiques abordées

L’archétype de l’Enfant Divin (Jung) → Image du renouveau, du potentiel infini, de la transformation en devenir.

L’ambiguïté de l’enfant chez Jung → Il n’est pas seulement innocence, il est aussi une figure qui dérange, qui précède, qui trouble.

L’intégration de l’Enfant Divin → Bien vécu, il est source de créativité et de renouvellement. Mal intégré, il devient une fuite dans l’illusion ou un blocage.

Le regard de l’enfant sur le monde → L’Enfant Divin n’est pas celui qui apprend, c’est celui qui sait déjà, et qui pointe ce que nous ne voulons pas voir.



 
 

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