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Voix

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • 14 avr.
  • 2 min de lecture

Voix — Lacan isole la voix comme objet a et non comme simple véhicule sonore. Le point importe. La voix ne se réduit pas à ce qu’elle transporte comme signification. Elle se détache, insiste, excède le message, puis agit comme reste, comme appel, comme commandement, comme présence qui touche le corps avant même que le sens soit stabilisé. La parole peut s’oublier ; le timbre, l’attaque, la scansion, l’injonction, eux, continuent d’opérer. La voix ne vaut donc pas seulement comme support de langage. Elle entre dans la série des objets pulsionnels. Pour l’art, cette entrée devient décisive dès qu’une œuvre travaille le grain, l’appel, l’éclat vocal, la chute sonore, la découpe de la diction, tout ce qui traverse le sens sans s’y laisser absorber. Dans les espaces où plusieurs langues, plusieurs scènes d’autorité et plusieurs mémoires sonores se chevauchent, la voix gagne encore en puissance. Elle ne garantit plus l’unité d’un message. Elle fait sentir une présence, un reste, parfois une jouissance, parfois une coupure. Une œuvre peut alors tenir moins par ce qu’elle dit que par la manière dont une voix s’y impose, s’y brise, s’y multiplie ou s’y retire.


Avec Stripsody, Cathy Berberian pousse cette logique jusqu’à une invention presque sans équivalent. Sa propre biographie officielle rappelle qu’elle compose en 1966 cette pièce pour voix seule comme une exploration des sons onomatopéiques des bandes dessinées, destinée à faire surgir une succession de vignettes comiques, avec des images de Roberto Zamarin. Le site qui lui est consacré insiste plus largement sur ce que son travail a déplacé dans l’histoire de la voix moderne : usage des techniques étendues, mélange du “haut” et du “bas”, invention de formes nouvelles. Stripsody ne vaut pas comme petite fantaisie vocale. Berberian n’y illustre pas des bruits de comics ; elle arrache la voix à sa fonction de porteur docile du sens. Les claquements, cris, syllabes éclatées, accélérations, étirements et changements de registre n’y accompagnent pas un texte préalable. Ils font œuvre. L’observateur n’écoute plus une parole à comprendre, mais un objet vocal qui saute, coupe, grimace, appelle, commande, rebondit. La voix cesse d’être transparente à ce qu’elle dit. Elle devient l’événement même. C’est en cela que Stripsody compte ici : la pièce montre qu’une œuvre peut être traversée de part en part par la voix comme objet, non comme supplément expressif ajouté à un contenu déjà constitué.


Lacan, J. (2004). Le Séminaire. Livre X : L’angoisse (1962-1963). Éditions du Seuil.

Lacan, J. (1973). Le Séminaire, livre XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964). Éditions du Seuil.Berberian, C. (1966). Stripsody.

Berberian, C. (n.d.). Biography. Cathy Berberian.

Berberian, C. (n.d.). Videos. Cathy Berberian.

Universal Edition. (2025). Cathy Berberian 100.

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Invité
06 mai
Noté 5 étoiles sur 5.

La voix ça peut avoir la réalité d'un souvenir.

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