On est là au cœur du kairos grec, qui désigne l’occasion saisie, ce temps qualitatif attrapé au vol et qui déjoue, ou condense, le déroulement imperturbable de chronos. L’objectif de Serge Najjar épingle, dans la réalité du Liban, la beauté d’une épiphanie géométrique, la sauvant de l’éphémère.
Devant Le Bateau ivre (2026), un mot me gicle à l’esprit. Grain. Non, ce n’est pas le grain de mer, réflexe du Breton que je suis, ni même le grain photographique, cette granulation qu’on associe à une émulsion, à une sensibilité, à une image agrandie. Non. C’est le grain du papier. Le support cesse d’être un fond neutre, cette surface docile qui s’efface derrière ce qu’elle porte. Il a sa constitution, sa présence propre. Il résiste à l’image, ou plutôt, il lui donne corps.