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Une verrière dans l'atelier

Photo du rédacteur: Marie Bourdon
Marie Bourdon
il y a 11 minutes
4 min de lecture
Photo 19/09/26 L'atelier de couture, David Mansot, au stand de la galerie Bettina (Salon international d'art contemporain art3f, 18-20 septembre 2026)
Photo 19/09/26 L'atelier de couture, David Mansot, au stand de la galerie Bettina (Salon international d'art contemporain art3f, 18-20 septembre 2026)





« Donner l’irréalité à l’image attachée à une forte réalité nous met dans le souffle de la poésie. » ( Gaston Bachelard, La poétique de l’espace)

 













L’atelier de couture, de David Mansot, perché sur un mur, donne l’impression de flotter sur son socle de bois, telle une rêverie de Miyazaki.


Je le vois et il réveille quelque chose dans mon corps : un élan, une envie spontanée de m’approcher, un sourire émerveillé, une curiosité, un amusement. Il me donne envie de jouer : « On dirait que ce serait un atelier de couture… »

L’enfance est là.


Mais il s’agit de regarder sans toucher, de détailler du regard les infimes et les couleurs, les petites bosses, les ouvertures et les multiples liens qui font tenir ensemble les différents éléments de la miniature (45 cm de hauteur).

En vue générale, la construction tient du bateau : un long radeau-plateforme, qui en excède les contours, donne cette impression de stabilité et de flottement.

En haut, un bout de bois, cheminée-mât, sort du toit, et juste derrière lui, une échelle étroite grimpe contre le mur, prolongeant l’espace de l’œuvre vers le haut : en point de fuite, elle indique que si l’œuvre est petite, le monde est vaste, et elle lui adresse un clin d’œil amusé.

Une ficelle tendue descend du toit vers la base en croisant un autre bout de bois, dressé en oblique, puis son extrémité reste suspendue dans le vide, tandis que de l’autre côté, à droite, elle se noue à un arbre (qui est une branche).


Mais l’entreprise est impossible, on le réalise vite : on ne peut pas décrire L’atelier de couture.

Le décrire signifie désolidariser, dans les mots, toutes ces choses qui tiennent ensemble par miracle, par magie, par la main minutieuse et joueuse de David Mansot.

Et puis, tout simplement, on ne sait pas : on ne connaît pas la texture de ces éléments, la douceur ou l’âpreté de leur contact, leur dureté ou leur mollesse, on sait à peine les nommer. C’est un bric et broc qui fait ensemble, œuvre.


Alors on doit plutôt laisser le regard capter ce rêve et en saisir quelques détails qui le ravissent.

La verrière : elle se déploie en quatre rectangles sur le toit de cartons-tôles un peu vieilli ; elle y découpe un espace, y crée une profondeur où l’on aperçoit, sur une cloison rose et à travers des stries d’ombres et de lumières, des tableaux. Ils représentent peut-être les modèles créés dans cet atelier de couture : ils sont les détails sublimes de fiction au cœur de la cabane, ils lui donnent un passé, une histoire, la font habitée. Fonctionnelle.


Au premier plan, une petite cuve blanche fait lavoir. A gauche, des ciseaux sont plantés dans le flanc de la maison, et du linge est étendu sur une corde, pans de tissus fleuris qui attendent d’être travaillés. Eux aussi désignent, et confirment le titre qui donne sa fonction à l’ensemble : il s’agit bien d’un atelier de couture.

L’œuvre devient ce qu’elle dit être, grâce à tous ces éléments qui la définissent.

Tissus, ciseaux, fil, lavoir, s’organisent comme des indices disposés par l’artiste pour nous mettre sur la voie de l’œuvre. Elle tient de la devinette et l’on y répond en la contemplant : l’artiste a fabriqué un jouet qu’il nous invite à admirer.


Une question surgit : comment s’est construite cette cabane ?

L’idée d’un atelier de couture est-elle née de la rencontre entre des ciseaux et un bout de tissu ? Ou bien est-ce dans la réalisation, l’agencement progressif des matériaux mêmes, que l’atelier est apparu ?

La cabane naît-elle d’un geste spontané, d’une rêverie concrétisée, ou se construit-elle comme un édifice d’architecte ? A quel moment est-elle nommée, enclose dans un titre ?

L’œuvre, qui propose une interprétation d’un espace réel largement investi symboliquement – la cabane –, entraîne chez le spectateur une implication particulière, un désir de savoir qui s’adosse à un sentiment de familiarité, une reconnaissance intime du geste et de son résultat.

L’espace de la cabane, de la miniature, déploie une rêverie permettant de faire lien entre l’œuvre et le spectateur.

L’œuvre, ici, ne se donne pas d’un coup, elle demande, dans le regard, un travail d’attention et de lenteur qui se fait l’écho de celui effectué par l’artiste. Une sorte de patience commune les unit.

A mesure que le regard cherche à percer le secret d’un agencement, à discerner les limites entre un élément et un autre, à comprendre comment l’ensemble tient, il reproduit à l’envers le travail de l’artiste : le temps qu’il lui a fallu pour trouver, récolter, abandonner dans un coin peut-être, puis reprendre et redécouvrir, les menus objets qui feront cabane ; le temps nécessaire pour les assembler, composer avec ce qui tient et ce qui tombe.

A la fin, la cabane conserve sa part d’impénétrabilité, mais cette complicité avec le spectateur en fait une œuvre ouverte, celle qui suscite un travail mental de (re)création chez la personne qui la regarde. 

Malgré sa petitesse, la cabane est une œuvre de profondeurs : « La miniature est un des gîtes de la grandeur. », nous dit Bachelard.

Elle demande un récit qui vienne l’animer.

 

David Mansot est présenté, sur le site de la galerie Bettina, comme l’artiste des cabanes : « des cabanes à l’abri du monde et hors du temps. A la fois poétiques et rassurantes, elles incarnent le refuge idéal, un mode de vie simple, en harmonie avec la nature. Ses petites maisons perchées sont faites pour lire, observer, rêver et se retrouver. »

L’atelier de couture est un monde à lui seul, qui ne se laisse visiter que par la rêverie ; constitué de matériaux au départ destinés à disparaître, il en garde cette marque d’éphémère, dans la solidité même de ses nœuds.

Comme un haïku qui se serait matérialisé, une image de rêve qui se serait déposée sur le mur : la vision, lumineuse et joyeuse, garde un fond d’opacité et de nostalgie.

Elle semble nous rappeler tous les espaces habités, rêvés, traversés ou aimés.

« Les maisons à jamais perdues vivent en nous. » ( Gaston Bachelard, La poétique de l’espace).



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