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Omar Khayyâm — Quatrain n°7 — La liberté n’est pas l’absence de limites, mais l’absence de menace.

  • Photo du rédacteur: Fabrice LAUDRIN
    Fabrice LAUDRIN
  • il y a 11 heures
  • 2 min de lecture

Le septième quatrain parle de la taverne, mais il parle surtout de déprise — cet état rare où l’on cesse enfin d’être tenu par la peur et la promesse.


« Nous et le vin et le banc de la taverne et nos corps d’ivrognes, nous sommes insoucieux de l’espoir de la miséricorde et de la terreur du châtiment ; Nos âmes et nos cœurs, nos coupes et nos vêtements tachés de lie sont indépendants de la terre et du feu et de l'eau. »

Ici, Khayyâm ne glorifie pas l’ivresse : il décrit un moment où le sujet se défait du système de récompense et de punition. L’espoir de miséricorde ne tient plus. La peur du châtiment non plus. Deux piliers psychiques — la carotte et le bâton — se dissolvent d’un coup.

Ce moment, en psychanalyse, s’appelle la suspension du Surmoi. Le monde cesse de punir, de surveiller, d’exiger. Ne reste qu’un petit groupe humain, leurs corps fatigués, quelques taches de lie — et une étrange liberté intérieure.


La taverne devient un sanctuaire paradoxal : un lieu où les lois se mettent entre parenthèses, où le sujet peut exister sans justification, sans horizon, sans menace. Un moment d’apesanteur morale.


Et c’est là que William Hogarth entre en scène.


Dans A Midnight Modern Conversation (1732), la taverne est un théâtre de corps relâchés, éclats, renversements, abandon des postures. Il n’y a ni vertu ni vice ici : seulement une humanité débarrassée du regard divin.



Hogarth montre ce que Khayyâm formule : non pas le vice, mais la suspension du jugement. Ces hommes ne cherchent ni salut ni excuse. Ils existent dans un monde réduit à sa matière : un banc, des verres, des taches sur les habits, et cette ivresse commune qui annule, pour un instant, la terre, le feu, l’eau — et les dieux qui s’en servaient.

En psychanalyse, ce quatrain rappelle une vérité rare : la liberté n’est pas l’absence de limites, mais l’absence de menace.

 
 
 

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